Les pères de l’art moderne : Paul Gauguin, Vincent Van Gogh et Paul Cézanne

 

Au cours du dernier quart du XIXe siècle, même si les peintres les plus en vue dans les expositions officielles et les mieux appréciés des critiques restent les peintres académiques, une minorité d’artistes estiment que la tâche des peintres n’est plus d’imiter servilement le monde extérieur. Car c’est à la photographie, largement diffusée par Daguerre après 1850, qu’incombe désormais ce rôle de donner de la réalité une vision rétinienne. 

Les impressionnistes avaient, à partir de 1874, rompu avec la manière traditionnelle de peindre : la précision léchée des peintres pompiers a fait place chez eux à une touche libre, faite de petites taches de couleurs pures ou de coups de pinceaux larges, libres et bien visibles. Mais malgré cela ils restaient des peintres traditionnels qui respectaient les proportions,  les formes et les couleurs de leurs sujets.

Mais encouragés par la liberté de facture des impressionnistes, trois peintres, aux tempéraments très différents l’un de l’autre vont, entre 1880 et 1900, jeter sans le savoir les bases des trois premiers grands courants artistiques de l’art moderne. Van Gogh, en projetant ses tortures psychiques sur les moindres objets qu’il dépeignait, ouvrira la voie de l’expressionnisme. Gauguin, en se libérant de la culture occidentale et des contraintes des formes et des couleurs, sera le précurseur tant des artistes primitivistes que des fauves. Quant à Cézanne, qui inlassablement tâchera de rééquilibrer les volumes, les tons et les lignes pour créer un nouvel équilibre au sein d’un monde particulier, celui du tableau, il sera le maître incontesté des cubistes.

Suicidaires et en fuite perpétuelle, uniquement préoccupés de leur art, méprisés par le public, Van Gogh et Gauguin, les frères ennemis, connaîtront quasi volontairement la misère, la maladie, la folie. Gauguin, qui à trente ans, agent de change, vivait à Paris dans l’aisance avec sa femme et ses cinq enfants, quittera sa famille, sa profession, pour s’embarquer vers les îles : La Martinique, Tahiti, les Marquises. Il y mourra alcoolique, morphinomane et, pédophile impénitent, syphilitique. Van Gogh, fou de Dieu et d’art mais incapable d’exercer le métier de pasteur ni de vendre une toile, perpétuellement désargenté, éternel assisté, mettra fin à sa vie à l’âge de 37 ans, après un séjour en asile psychiatrique. Tous deux connaissaient et admiraient Cézanne, qui ne le leur rendait pas … car contrairement à Paul et à Vincent, le Maître d’Aix, casanier et à l’abri du souci matériel, ne vécut d’autres aventures que celles de ses recherches picturales.

Tous trois ont peint plusieurs centaines de tableaux. Tout l’art du vingtième siècle est contenu en germe dans ce feu d’artifice de couleurs et de lignes.

C’est en analysant attentivement une large sélection de leurs œuvres, via des images de haute qualité, que nous essaierons de comprendre leurs personnalités, leurs intentions, leurs luttes, leurs ambitions artistiques, au fil des événements de leurs biographies.

 

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